Célébrer les morts, construire les mémoires : l’oraison funèbre, XVIIIe- XIXe siècle

image religieux
Colloque/Journée d'étude
Salle internationale, Site Libération - Nancy
affiche oraison funèbre

Journée d'étude organisée par Stefano SIMIZ (Université de Lorraine, CRULH), Sophie HACHE (Université de Lille, ALITHILA) et Anne RĒGENT-SUSINI (Université Sorbonne nouvelle, FIRL)

La première modernité constitue un « âge d’or » de l’oraison funèbre, discours problématique car hybride, aux enjeux conjointement religieux, sociaux, culturels, voire politiques – mais ce genre existe bien en-deçà, et bien au-delà de cette période. Or l’oraison funèbre n’est pas seulement une performance orale : elle est aussi souvent un texte, qui circule selon des modalités diverses : manuscrite ou imprimée, publication séparée, intégration dans un recueil factice ou dans un recueil imprimé. 
Nous aimerions nous interroger sur les formes et les enjeux mémoriels de ce genre si particulier, apparemment convenu, et dont le caractère monologique, voire monolithique est pourtant trompeur. À quelles catégories d’auditeurs, de lecteurs, les oraisons funèbres s’adressent-elles ? Dans quelle mesure la publication des discours témoigne-t-elle d’une transmission contrôlée de la mémoire ? Celle d’un personnage dont on affirme le caractère illustre, dont certaines facettes biographiques sont soulignées, voire reconstruites ? Celle d’une famille, d’une lignée, d’une communauté qui fait corps autour du mort ?
Alors que l’on a souvent valorisé jusqu’à présent des styles d’auteur, faisant de l’oraison funèbre un texte littéraire dont Bossuet est sans doute le plus célèbre représentant, on pourra ainsi s’interroger sur la dimension collective et plurielle de ce discours, du côté de sa production (l’orateur travaille souvent à partir d’une documentation qu’on lui fournit ou qu’il se constitue) comme du côté de sa réception (que nous disent les témoignages d’époque, ou encore l’histoire du livre, des usages collectifs de ces discours ?). Il s’agira ainsi de saisir les évolutions d’un genre en prise directe avec la société, que l’on ne saurait figer dans un canon de la fin du XVIIe siècle, et qui témoigne aussi d’une certaine forme de construction, de sélection, de promotion de la mémoire. Comment comprendre par exemple l’élargissement relatif mais bien réel au fil du temps des statuts sociaux des défunts auxquels sont consacrés des oraisons funèbres ? Et comment analyser la part fluctuante qu’occupent les figures féminines dans ces discours ? Ou encore, comment la leçon morale qu’impose le cadre religieux s’articule-t-elle avec les multiples enjeux pragmatiques du discours ? 
Menée par un groupe de spécialistes issus de disciplines différentes, et s’appuyant sur des sources variées, la démarche, qui assume une ambition programmatique, entend cerner un objet religieux mal identifié et percevoir ses évolutions dans la durée, de la Renaissance jusqu’au milieu du XIXe siècle. Une première journée d’étude s’est tenue à l’Université de Lille, le vendredi 4 avril 2025, consacrée aux XVIe et XVIIe siècles, période pendant laquelle le genre de l’oraison funèbre s’élabore et s’affirme en tant que tel. 
 

Axe porteur