DAOUSSI Soumaya
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Résumé de la thèse
« Le destin des archives de toutes ces abbayes a été variable, mais dans l’ensemble, défavorable. Jusqu’au XIIe siècle, les pièces conservées se comptent sur les doigts d’une ou de deux mains. Rarissime est la chance de Remiremont, dont on a conservé le Liber Memorialis. […] L’intérêt s’éveille quand, aux alentours de l’an 1100, et à la faveur de la Réforme grégorienne, on signale quelques mouvements de renouveau, les listes d’abbesses se précisent, des chartes privées en font savoir plus, les premières bulles de confirmation de biens arrivent dans les archives, avec les chartes des évêques. On s’interroge sur le mode vie (M. PARISSE, 1998).
L’abbaye de femmes la plus ancienne, la plus prestigieuse et la plus puissante du duché de Lorraine à l’époque médiévale est sans conteste l’abbaye de Remiremont.
Le présent projet de thèse en histoire politique et religieuse médiévale se concentre sur l’étude du pouvoir exercé par ses plus hautes dignitaires ecclésiastiques : les abbesses de ce chapitre de dames nobles (DE SALLES, 1888), entre les années 1070 et les années 1310 (DESGENES, BAMMERT, 1982).
A Présentation et définition du projet
« Entre la première abbesse Macteflède et la dernière abbesse Marie Louise de Condé, la liste de celles ayant gouverné l’abbaye de Remiremont comprend des noms les plus illustres des maisons de Lorraine, de France, et de l’Empire germanique (BAMMERT, 1971) ».
De tout temps, l’abbesse a été le personnage le plus important et le plus puissant à Remiremont ; le présent travail de recherche interroge la forme du pouvoir abbatial à Remiremont, à partir de l’abbatiat de Gisele II (v. 1070- 1114), et le début de celui de Clémence l’Oiselet (entre les années 1307 et 1310). Il s’agit d’étudier, de manière la plus précise possible, la forme du gouvernement abbatial à Remiremont, au cours des 11 abbatiats non consécutifs que nous connaissons à ce jour pour l’abbaye (HLAWITSCHKA, 1963). Ces abbatiats furent très inégaux dans leur durée et leur composante : certains furent longs et marquants pour l’abbaye, d’autres très fugaces (DIDIER-LAURENT, 1898). Un travail portant sur la même thématique et centré sur la figure abbatiale en Alsace a été réalisé en langue allemande par le Dr S. KLAPP (KLAPP, 2012). Comment peut-on, dès lors, approcher au plus près de l’exercice de la réalité abbatiale féminine entre les années 1070 et les années 1310, en ces temps si reculés où les traces écrites, pourtant nombreuses, furent si souvent détruites ou lacunaires ? Le présent projet de recherche s’appuie sur un corpus documentaire solidement fourni ; mais malheureusement incomplet, émanant directement des archives de l’abbaye, et qui a été corrélé avec les actes de diplomatique impériale et pontificale, ainsi qu’avec les archives des ducs de Lorraine, afin de pouvoir retracer le plus précisément possible l’action et le pouvoir des abbesses de Remiremont (VANDERPUTTEN, 2018).
B Le cadre spatio-temporel du travail de recherche
Le cadre spatio-temporel de cette étude est celui du Saint-Empire romain germanique, au sein duquel se situent les anciens évêchés de Metz, Toul et Verdun, relevant de l’autorité de l’archevêché de Trèves, terre d’Empire à l’époque médiévale. L’abbaye de Remiremont est située au sein du diocèse de Toul, et le duché de Haute-Lorraine est un terrain d’affrontement de ces années marquées par la Querelle des Investitures, conflit majeur opposant la papauté prônant la Réforme grégorienne, au pouvoir impérial, à partir des années 1070- et de l’abbatiat de Gisele II, avec l’opposition entre le roi Henri IV et le pape Grégoire VII (ENGLS, 2021). L’affrontement entre la papauté et l’Empire trouve en partie à Remiremont l’un de ses théâtres. Ainsi, le rescrit de 1088 du pape Urbain II et le privilège inespéré et tant attendu de 1099 soustraient l’abbaye à la juridiction de l’ordinaire de l’évêque de Toul, allié de l’empereur Henri IV ; le Saint-Siège est et demeure l’unique garant de l’abbaye de Remiremont. Cela explique en partie le fait que l’abbaye et ses abbesses basculent alors dans le camp pontifical, dit grégorien (ROQUAIN, 1881), en pleine lutte du Sacerdoce et de l’Empire, dès le début de l’abbatiat de Gisele II, à partir des années 1070 (PERRIN, 1931, et FLECKENTSTEIN, 1973).
