Début septembre 1940, Paul Dungler, constructeur de machines textiles à Thann (Haut-Rhin) et ancien adhérent de la Cagoule, fonde avec ses proches la 7e Colonne d’Alsace, principale structure de résistance alsacienne. Réfugié à Lyon, il constitue un réseau de renseignement et prépare le passage à l’action armée (futurs GMA et FFIA). Cultivant un patriotisme alsacien-français intransigeant, il refuse toute subordination et se considère « au service du futur commandant en chef français qui libèrera l’Alsace ». Partageant certaines valeurs conservatrices de Vichy, Dungler entretient des contacts avec les services clandestins de l’armée d’armistice (future ORA), avec le CIE de Groussard. Il bénéficie de financements et de la couverture de ses déplacements par Pétain. En parallèle, il établit des relations avec le BCRA de Londres via Rémy (CND-Castille), Fourcaud (Brutus) et Julitte, où il opère sous le pseudonyme Martial. Il écarte toutefois l’allégeance gaulliste proposée par André Manuel. En septembre 1943, porteur d’un message de Pétain, Dungler se rend à Alger pour armer ses organisations. Confronté à l’impuissance de Giraud et à l’hostilité de Gaulle, il s’en remet aux Américains de l’OSS, qui le parachutent en Auvergne muni de quartz, en vue de collecter des renseignements militaires. Contesté par ses adjoints Kibler et Georges, il se proclame délégué du général Giraud et relance, avec G. Jeantet, « l’affaire de Nice », une négociation-quiproquo avec l’Abwehr visant une paix de compromis. Bien que le dossier atteigne Berlin, Dungler échoue à établir la liaison radio avec Alger. Il est arrêté par la Sipo-SD, terminant la guerre comme prisonnier d’honneur. L’homologation FFC du réseau Martial en 1949 et la réconciliation symbolique de la Résistance alsacienne lors du 20e anniversaire de sa création sont fragilisées par la publication du pamphlet pro-Pétain de Jeantet en 1966. L’historiographie et la mémoire régionale présentent alors Dungler comme un personnage controversé. Il tombe alors dans l’oubli. Cette étude souligne la cohérence et la sincérité des démarches de Dungler, écartelé entre Vichy, Londres et Alger dans une posture distincte du concept de vichysto-résistance. Elle analyse ses racines politiques, la nature de ses relations avec Pétain, la portée réelle de l’affaire de Nice et réévalue les schémas narratifs postérieurs, récits réducteurs, à charge ou apologétiques, fondés sur des témoignages partiels.
Jeu complexe et équivoques entre Vichy, Londres et Alger : Paul Dungler organise la Résistance alsacienne
Date de soutenance
Membres du jury CRULH
Membres du jury hors CRULH
GASSIN Alexia, Rapporteure
CHERON Bénédicte, Rapporteure
MURACCIOLE Jean-François, Examinateur
Lieu de la soutenance
Salle A 145, Campus Lettres Sciences humaines et sociales, Nancy
